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Sept pratiquants du Contact Improvisation témoignent de leur expérience : paroles de contacteurs

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Sept pratiquants du Contact Improvisation témoignent de leur expérience : paroles de contacteurs.

Quelle est votre définition personnelle du Contact Impro ?

« C’est une danse qui a la forme d’un dialogue physique où les partenaires interagissent à travers le point de contact. Elle implique un partage du momentum et du poids et une communication sur un plan physique . » Ray Chung, ingénieur, pédagogue et contacteur depuis 1979 (San Francisco - USA) Les pionniers du CI ont développé une acuité du sens du toucher, ce sens est prédominant sur la vue. Ils ont même sorti ce sens de son contexte (culturel, social, affectif ou sexuel), car il ne s’agit pas bien évidemment de ’’se toucher’’, mais bien de percevoir via ce sens, et de permettre au danseur d’obtenir des informations, de ce qui se passe pendant qu’il est en mouvement. Le CI est un dialogue entre partenaires basé sur des principes physiques (gravité, force centrifuge, force centripète, inertie) et biologiques (peau, muscles, os, cellules) ». Stéphanie Auberville, danseuse, chorégraphe et enseignante (Paris).

« C’est une danse libre créative qui se crée dans une rencontre basée sur les lois dynamiques. Elle s’écrit à partir d’une non-volonté. On écoute le rythme intérieur et l’on n’a pas besoin de musique. » Adina Racoviteaunu, doctorante en géographie (Colorado - USA)

« Une expression corporelle qui va à l’essentiel. C’est un langage plus vrai que la danse contemporaine qui reste un langage de distance. En Contact, tu ne peux pas trahir. » Etienne Quintens, coiffeur (Grenoble)

« C’est une danse improvisée, qui se nourrit du contact avec un ou plusieurs partenaires. C’est comme un dialogue qui s’instaure à travers la peau : si je prête attention à la façon dont l’autre me touche, à la qualité de son contact, cela affectera ce que je suis en train de faire ; de même, la façon dont j’entre en contact avec le ou les partenaires modifiera ou soutiendra leur danse, qui me nourrira en retour. C’est prendre et donner, dans un même mouvement. Je trouve que l’écoute et l’attention à ce que donne l’autre (la qualité du contact) est cruciale, car, comme souvent en improvisation, on a tendance à en faire trop, au détriment de ce qui pourrait apparaître spontanément d’original dans la danse. » Rémi Clot-Goudard, philosophe (Grenoble)

Que vous apporte le Contact improvisation ?

« Ça été une grande claque, aucune notion de regard extérieur, aucun jugement esthétique, juste le plaisir du mouvement du toucher, une communication à la fois intime et très ludique. Comme interprète j’avais toujours une certaine pression du regard extérieur, et un souci de rendu. Le CI a été un bel outil pour incorporer une autre danse, il m’a permis de créer une passerelle entre mon ressenti et une gestuelle inconnue, venue d’autres corps. J’ai rencontré cette technique à un moment de ma carrière où j’avais pas mal de doutes, et j’étais prête à abandonner. En retrouvant une certaine joie et plaisir du mouvement, j’ai pu aborder ce métier avec une autre perceptive, et donc continuer à danser. Au début de ma pratique, j’étais émerveillée, quelques fois en jam, par une danse qui était apparue entre un partenaire et moi, alors, bien évidemment, je souhaitais savoir qui était cette personne. Et j’amorçais une conversation après la danse, presque à chaque fois la déception était assez immense. Ce qui se passe en CI est tout à fait d’un autre ordre de ce qui se passe quand on rencontre une personne dans un bar ou ailleurs. En CI, on peut vivre des moments magiques avec de parfaits crétins, et j’adore cela : pouvoir communiquer avec une personne en dehors de ce qu’il s’est forgé et de ce qui l’a forgé. J’ai l’impression de pouvoir joindre mon partenaire dans ce qu’il est fondamentalement, et de manière très concrète (son corps, son énergie). Bien évidemment, ce n’est qu’une perception, mais elle est très agréable. » Stéphanie Auberville, danseuse, chorégraphe et enseignante (Paris).

« Le partage. Tu donnes et tu reçois. C’est un plaisir simple qui me touche. Cela demande simplement d’être présent, dans l’instant. Le Contact impro entretient donc un rapport fort au temps, mais aussi à l’altérité en ouvrant des chemins vers les autres. Il développe l’imaginaire. C’est enfin un bien-être physique et une quête intérieure, presque spirituelle. » Adina Racoviteaunu, (étudiante en géographie, Colorado - USA)

«  Du bien-être. Me centrer. Mieux percevoir mes possibilités et mes limites. Un rapport intimement juste avec les autres. » Etienne Quintens, coiffeur (Grenoble)

« Je suis venu au Contact Improvisation après avoir commencé la danse contemporaine et la pratique de l’improvisation en danse comme forme artistique. Au cours de cette pratique, j’ai eu plusieurs fois l’occasion, grâce à un travail mobilisant différentes pratiques d’éducation somatique (BMC notamment), de mesurer à quel point le toucher joue un rôle crucial à la fois dans le renouvellement de l’inspiration, dans la prise de conscience des systèmes du corps qui soutiennent le mouvement, et dans le développement de la personnalité et la relation aux autres. Le toucher est un moyen de communication qui permet d’innombrables nuances, une grande subtilité. On peut considérer le CI comme une exploration systématique des relations entre toucher et mouvement, bien que l’on puisse regretter qu’il soit parfois trop orienté sur l’échange de poids, au détriment de perceptions plus fines. Personnellement, je viens d’une famille où l’on se touche très peu. J’ai ainsi redécouvert le plaisir de rentrer en contact avec quelqu’un et d’être touché par lui. Ce qui est étonnant, c’est que la pratique du CI donne rapidement une familiarité très grande mais très spécifique avec des gens que l’on connaît peu par ailleurs. Comme si le toucher était à l’origine d’une intimité très particulière, qui est à la fois profonde mais limitée. De ce point de vue, le CI m’a aidé à “dédramatiser” la différence sexuelle, et à voir dans le toucher autre chose qu’une alternative entre un simple contact social (comme lorsqu’on se serre la main) ou un contact très intime et personnel (comme dans une relation amoureuse). Les façons de rentrer en contact avec quelqu’un et de percevoir par ce biais son corps en mouvement sont innombrables, non seulement en termes de qualités physiques, mais aussi en termes d’intention. Entre le contact socialement codifié et les échanges intimes, il y a toute une gamme, vaste et nuancée, qu’il est passionnant d’explorer. Par ailleurs, la pratique du CI permet de faire l’expérience de beaucoup de choses comme la vitesse, la légèreté, la désorientation... de façon ludique et partagée. Ce qui est très agréable enfin, c’est de se sentir appartenir à une communauté de gens qui partagent un même intérêt, qui ont des références communes mais qui sont aussi très différents par leurs parcours, leurs caractères, le reste de leurs références... » Rémi Clot-Goudard, philosophe (Grenoble)

« Ça assouplit le mental en court-circuitant l’autocritique. Dire "j’ai réussi ou j’ai raté" en Contact Impro, ça n’a aucun sens. Il n’y a pas d’obligation de résultat comme en danse contemporaine. Cette pression parasite l’apprentissage car on est sans cesse en train de se comparer et de s’évaluer. Les contraintes en CI proviennent uniquement des lois physiques, il ne me semblejavascript:barre_raccourci(’’,’’,document.formulaire.texte) pas qu’il y en ait d’autres dans l’apprentissage. Le CI m’a ouvert de nouvelles portes en danse, sinon j’aurai arrêté. Les temps de parole partagée sont aussi précieux. D’une manière globale, cette liberté est assez révolutionnaire. » Angèle, danseuse (Tour)

Joe Stoller (étudiant en Shiatsu, USA)

Globe-trotter, vous avez participé à des jams dans de nombreux pays. Quels sont les invariants du Contact Improvisation et quelles différences culturelles ? Joe Stoller : « Pour les invariants je dirais : le contact (of course !), mais un contact différent selon les cultures) ; la pratique en duo ; le partage de poids simultané ou en alternance, le support du sol, la mixité, la pratique ouverte. Concernant les différences culturelles, mon regard est partiel et s’ancre à un moment donné, comme une photographie à un instant T. Mais je suppose que les choses ont bougé, à l’image d’une pratique très mouvante… De ce que j’ai vu et perçu, je peux dire qu’à Paris c’est peu émotionnel avec des contacts brefs et souvent indirects, à l’image de l’anonymat de la grande ville. J’ai retrouvé beaucoup de formes de la danse contemporaine. A Helsinki, en Finlande, c’était une énergie viscérale, une danse très chaleureuse pratiquée par des gens vivant en communauté. A Amsterdam, ville cosmopolite, c’est à la fois très technique, physique, ouvert, et en même temps intime avec des contacts directs. Aux Etats-Unis, c’est souvent un mélange de danse et de sport. Mais c’est aussi une danse sociale. Au Japon, les contacteurs ont du mal à rentrer dans les relations personnelles. Il y a peu de duos. C’est davantage une relation de groupe. Cela reste très technique, sans émotion exprimée. Inversement en Argentine, les contacts sont très fusionnels ! Mais derrière ces grandes tendances, il existe tout un panel et des variantes. A l’intérieur d’une même ville, s’il y a plusieurs jams, elles auront chacune un goût différent… »

Christiane DAMPNE

Avec l’autorisation de Mouvement