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En relation au sol (Quelques exemples d’oeuvres en relation)

I. Le corps comme outil pour peindre (1960-1980)

Le geste de l’artiste devient dans les années 60 le fondement de l’oeuvre. Les artistes commencent à faire de leur corps un matériau artistique dans des performances ou des « évènements » et les activités de la vie quotidienne se voient reconsidérées. Le temps de l’oeuvre dépendant du geste de l’artiste, l’oeuvre devient éphémère et la photographie la trace de son existence ;

Yves Klein,anthropométrie de la période bleue (1960)

Nan June Paik, interprétation de composition 1960 N°10 de La Monte young pour Bob Morris (1962) Cette performance consistait en une interprétation personnelle de de composition 1960 N°10 de La Monte young dédiée à Robert Morris sur le théme : « Tracer une ligne droite et la suivre ». Paik plongeait la tête ; les mains et sa cravate dans un bol contenant de l’encre t du jus de tomate et traçait une ligne droite avec la tête sur une longue bande de papier déroulée sur le sol. Fluxus appréciait les actions simples afin de mettre en évidence la subtilité des gestes et tenter de réaliser la fusion entre l’art et la vie. La tête considérée comme la source de la pensée créatrice, devient un « marqueur » activement engagé dans le processus confus où se mêlent la matière et l’action.

Paul McCarthy, Face painting on floor, white line,(1972) 2.04 min.video still of Recorded performance ; Allongé au sol, de son atelier l’artiste pousse avec la tête un seau de peinture blanche, laissant derrière lui une large traînée tout au long de la pièce. En référence aux expressionnistes abstraits et leur image machiste et statut héroïque

Mierle Laderman Ukeles, Hartford wash : washing, tracks, maintenance : outside. (1973) Dans une série de 13 performances réalisées entre 1973 et 1975 l’artiste a effectué des activités d’entretien dans des espaces publics, nettoyé des rues, des sols de musées et accopli toutes taches d’un gardien de musée. L’objectif de ces actions d’entretien était d’attirer l’attention à la fois sur l’importance de ces activités et sur les gens qui en avaient la charge- ce que le discours officiel ne mentionnait jamais.

Janine Antoni, Loving care, (1992) Performance at the Anthony D’Offay Gallery, London. Pour réaliser cette oeuvre, l’artiste a plongé ses cheveux dans un seau de teinture « noir naturel » et peint le sol entier de la galerie. Les spectateurs présents dans la pièce carrée aux murs blancs étaient bousculés et poussés hors de l’espace de l’artiste qui « jouait » ainsi avec le plaisir du public à la regarder. Loving care est le nom de la teinture, mettant en évidence le travail domestique des femmes.

Trisha Brown, It’s a Drawn / I live feed (2003) Tout le corps de la chorégraphe est engagé dans le dessin ( les bras, les pieds, les jambes et bras pour les mouvements, les écarts du corps signalés) De gros fusains tantôt entre les pieds ou les doigts témoignent du mouvement du corps, de ses déplacements, de ses arrêts, de ses piétinements, de ses traversées. La feuille au sol reçoit les traces de l’ensemble de ses mouvements. Les tracés plus ou moins épais, plus ou moins visibles, plus ou moins étendus dépendent entièrement de l’amplitude des gestes, de la sollicitation de parties du corps inhabituelles pour garantir un nouvel équilibre, un nouveau mouvement.

Elle considère le papier au sol comme une scène où danser.

II. Le poids et la tension du corps (1960-2000) Entre chute et immobilité face au contexte

Yves Klein, le saut dans le vide, (1960) . Photographie en noir et blanc Cette photographie est paru dans Dimanche, seul journal d’un seul jour crée par Yves klein en 1960. Elle était accompagné des titres suivants : « Un homme dans l’espace ! » ; « Le peintre de l’espace se jette dans le vide ». D’autres tirages ont été titrés « obsession de la lévitation ». L’intérêt de Klein pour ce phénomène coïncidait à l’époque avec la conquête spatiale. Après s’être blessé 2 fois en s’élançant du 2e étage de la maison d’un ami, il renonça à réaliser ces sauts en publics et réalisa ces montages photos truquées. Ce faux instantané est censé représenter le corps de l’artiste suspendu entre la vie et la mort.

Dennis Oppenheim, Parallel Stress, 1970,2 performances sur une jetée de béton et sur le sol d’un dépotoir abandonné, Long Island, New York. Dans cette performance durant 10minutes, oppenheim a suspendu son corps entre un mur de maçonnerie et un appontement de béton dans une friche industrielle située entre Broklynn Bridge et Manhattan bridge. Il a gardé la position jusqu’a ce qu’il s’effondre. La photographie a été prise au moment où le corps de l’artiste était en position de tension maximale. L’artiste explorait ainsi le rapport entre le corps humain, l’espace et les éléments de l’environnement industriel.

Julien Prévieux CRASH TEST - MODE D’EMPLOI vidéo, 1’30, 1998 Sur un stand de foire sont vendus des tee-shirts arborant la cible des crash tests automobiles tandis qu’une vidéo de démonstration propose aux spectateurs un comportement modéle à reproduire. On y voit un homme vêtu de l’un de ces tee-shirts se précipiter contre tout ce qu’il croise sur sa route, entrant en collision avec l’architecture, les meubles, les voitures, les passants... Ce parcours d’obstacle se décline dans une série de saynètes dont l’humour mécanique et absurde n’est pas sans rappeler un certain cinéma burlesque, strictement visuel et muet. Progressivement, la maladresse supposé du personnage se révèle être une confrontation volontaire, parfois violente, destinée à interroger notre capacité d’adaptation à un contexte donné. Le geste “manqué“ systématisé, se transforme en attitude frondeuse consistant à foncer tête baissée pour mieux ébranler les limites et la stabilité du monde qui nous entoure.

Julien Prévieux PENDU photographies, 73 x 110 cm, 1998 Cette série d’images met en scène un face à face inégal où le corps humain se mesure à l’environnement urbain. La « prise de position » de l’individu introduit dans ce rapport un équilibre instable et une tension extrême. La Photographie fixe le point de rupture, l’instant qui précède la chute attendue. On ne sait si l’action, par ailleurs bien réelle, relève de l’exploit physique quasi héroïque, de l’acte désespéré ou d’un comique de situation à la Buster Keaton. Vu de dos, le corps devient un motif qui vient s’appliquer sur une surface donnée, tel un parasite. L’espace est ainsi mis à l’épreuve du corps autant que le corps à l’épreuve de l’espace.

Julien Prévieux ROULADES vidéo, 5’40, 1998 Un individu sort de son lit, tombe dans les escaliers, roule toute la journée dans divers lieux publics avant de rentrer chez lui, le soir, par le même moyen. Si cette journée « ordinaire » est indéfiniment répétée, la traversée de la ville (rues, parking,centre commercial...) se fait, elle aussi, dans un mouvement continu. La mise en boucle et la bande-son répétitive viennent renforcer le geste simple et radical, conférant à l’ensemble une dimension hypnotique. La performance physique, difficile mais surmontée, répond moins à une interrogation sur les limites du corps qu’à la nécessité d’inventer de nouveaux comportements et de les inscrire dans une réalité quotidienne.

III. Lorsque le corps devient mesure (1970-2000) les écarts et équilibres précaires

Vito Acconci, Seedbed (1972), Sonnabend gallery, New York Dans la Sonnabend gallery, Acconci avait installé un parquet légèrement incliné. Couché sous cet rampe, il déclarait se masturber en fonction des pas du visiteur marchant au dessus de lui. Il exprimait en même temps à l’aide d’un microphone ses fantasmes sur les corps qui se déplaçaient faisant ainsi ‘participer les spectateurs à l’oeuvre.

Erwin Wurm, One minute sculptures (2001) Il traite avec les choses de la vie de tout les jours ; Il se saisit et utilise des objets quotidiens, ustensiles, aliments, meubles, pour réinterroger les limites de la sculpture. Le corps, le sien et celui d’autres, interviennent alors dans d’étranges assemblages éphémères ou à refaire. Il allie alors l’absurde à l’éphémère au déséquilibre. le travail de Wurm développe une analyse de la sculpture - de son volume, de son poids, de l’équilibre, du déséquilibre - qui devient pour lui manière de vivre, de mettre en scène, de perturber nos codes et nos habitudes. Avec ses One Minute Sculptures (1997), Erwin Wurm nous propose une vision originale de la sculpture dans laquelle des actions humaines habituelles sont modifiées, décalées, ou détournées pour un bref instant.

IV. Le corps multitude et assemblé

Spencer Tunick, Buffalo,2004, Photographie Il est connu pour ses compositions photographiques où figurent des centaines de volontaires, hommes et femmes, posant nus, la plupart du temps dans des décors urbains. Tous ses modèles sont des volontaires, non rémunérés et uniquement récompensés par la remise de la photographie sur laquelle ils ont posé, dédicacée par l’artiste. Il ne se définit pas lui-même comme photographe, mais comme créateur d’« installations », les photos n’étant que la représentation de ses œuvres

V. La gravité en question : pour des corps en suspension

Denis Darzacq, La chute Série photographique (2004-2006) La série La Chute met en scène les corps en apesanteur de danseurs de Breakdance, de Capoeira et de danse contemporaine. Très pures, évitant aussi bien la pose habituelle du genre que la description, ces photographies qui mettent en valeur la performance physique dans sa perfection, mais aussi dans ses déséquilibres, mêlent une incroyable énergie au sentiment de la possible perdition. De fait, ces corps en apesanteur, qui ne sont jamais accompagnés d’ombre portée, deviennent des révélateurs de l’espace urbain.

Philippe Ramette Paresse irrationnelle, 2003 Photographie Philippe Ramette, Lévitation de chaise n°2 ; 2006 Philippe Ramette, Balcon, (2002) Ramette se met lui-même en situation surréaliste - dans son costume noir, composant une image d’un paysage dont il fera partie de façon extravagante, et visuellement étonnante ou renversante (au sens littéral), immortalisée par la photographie prise par un professionnel. Ces photographies ne subissent aucune retouche ou montage : l’instant recherché est juste saisi, après la réalisation de la mise en scène.