L’expérience de la durée

L’expérience de la durée en relation au corps de l’artiste

Là où le temps de l’œuvre devient le temps de l’artiste au travail mais celui aussi d’un spectateur de plus en plus sollicité pour intervenir, pour faire œuvre à son tour

Le temps de l’exposition : évolution -

Kader Attia, Flying Rats, installation, Biennale de Lyon 2005 Courtesy Kader Attia, Galerie Kamel Mennou crédits photo : Blaise Adilon Dans une immense volière remplie de 150 pigeons, l’artiste a reconstitué une cour d’école où des enfants - conçus à parti d’un matériau mélangeant résine et aliment pour pigeon - jouent dans diverses positions. Le spectacle est morbide : tandis que leurs vêtements sont déjà inondés d’excréments, les enfants se font lentement dévorer, les oiseaux devenant obèses.

Daniel Buren, Le temps d’une œuvre , Musée d’Art Contemporain de Lyon (2005)

Une durée à éprouver par le spectateur -

Ann Veronica Janssens, Blue, Red and Yellow, (2001) Installation

Santiago Sierra, Pièce de 9 mètres carrés, (2004), Installation, CAC Brétigny sur Orge

Une durée qui s’expose

Félix Gonzalez-Torres, Untitled (Perfect Lovers),(1991)

Félix Gonzalez-Torres, Untitled (9 days of bloodwork), dessins et gouache sur papier

François-Xavier Courrèges, Fusion, (2003), vidéo

Un durée dilatée

Douglas Gordon, 5 Year Drive By (Searchers), (2000) Installation vidéo, vue de Los Angeles Douglas Gordon s’approprie ainsi le film de John Ford, "The Searchers", en ralentit la projection jusqu’à épouser la durée qui est celle de l’action réelle de l’histoire narrée par Ford (la recherche par son oncle et son frère, dans l’Ouest américain, d’une fillette enlevée par les Indiens), soit quatre ans.

Yoko Ono, Smile (Fluxfilm N°5), (1968), 51’, 16mm, coul., son ll s’agit du visage d’une seule personne : John Lennon. Ralenti à l’extrême, accompagné de sons d’ambiance, son sourire devient obsédant et mystérieux.

Bill Viola, The Quintet of the Unseen, (2000), Installation vidéo,15’

Une durée pour créer

Tom Marioni, One Second Sculpture, (1969)

“One Second Sculpture, 1969. Action. San Francisco. Instrument réalisé à partir d’un mètre ruban métallique se dépliant bruyamment dans les airs, en une seconde, comme un ressort. L’objet quitte la main en forme de cercle réalise un dessin dans l’espace et retombe au sol en ligne droite.” la photo est prise au moment pile où le mètre se relâche dans le ciel.

Bruce Nauman, Lip Sync (1969), vidéo, 30’ http://www.medienkunstnetz.de/works/lip-sync/video/1/ une caméra placée à l’envers a filmé en plan rapproché la bouche et le cou de l’artiste en train de murmurer inlassablement et avec plus ou moins de force les mots « lip sync ». Non seulement la position inversée de la bouche et du menton avec les petits mouvements de la langue produit-elle une vision monstrueuse, mais l’absence de synchronisation entre le son et l’image entrave la perception du message.

Gabriel Orozco, Yielding stone, (piedra que cede), 1992 Collection, Walker Art Center, Minneapolis 50cm de diamètre ( d’un poid égal au sein) que l’artiste pousse avec ses pieds, au gré de promenades dans NY. Ce qui fait de cette boule « l’autoportrait parfait de l’artiste en nomade ». La boule récolte les traces des trajet du flâneur, les marques du sol, les reste de la ville, Mémoire des déplacements, cette sphère archive en exprime la dimension temporelle dans la mesure où elle archive chaque promenade, où elle collectionne ce que le marcheur a foulé

Marina Abramovic & Ulay, Rest Energy,(1980) Pendant 4 minutes face à face en situation d’équilibre : Ensemble, nous tenons un arc tendu et une flèche empoisonnée. Par le poids de notre corps, nous mettons l’arc en tension. La flèche pointe le coeur de Marina. Filmée en plan fixe, cadrage serré et en temps réel, la performance fait corps avec la vidéo qui en témoigne l’immobilité de l’image est bien celle – indispensable - de l’action réalisée par Marina Abramovic et Ulay.

Santiago Sierra, 3000 Holes of 180x50x50cm each, (2002) Dehesa de Montenmedio. Vejer de la Frontera (Espagne) Courtesy Fundacion NMAC, Montenmedio, Cadiz

Quelques expériences de chronoscopie mises en forme par l’art

- l’étirement temporel : œuvres en très basse luminescence de James Turrell, visibles par l’œil humain à partir de seize minutes de contemplation)
- le retard : les dispositifs de Dan Graham de type delay)
- le ralentissement (Thierry Kuntzel)
- le raccourcissement : "One second sculptures" de Tom Marioni, certaines vidéos de John Bock
- la rythmique : la goutte d’eau de "It Sweaps for You" de Bill Viola, qui tombe à intervalles réguliers
- l’esthétique du flash : "Tiny Deaths" de Bill Viola
- la boucle : "Vexation Island" de Rodney Graham...