Giuseppe Penone

Né en 1947, en Italie, Giuseppe Penone n’a suivi aucun enseignement artistique. Arrivant tardif au sein du mouvement de l’arte povera (en 1969), toute son oeuvre s’articule autour du rapport entre l’Homme et la Nature, et se caractérise par une grande élégance et une grande simplicité.

Le geste qui nous intéresse particulièrement chez Penone est ce geste de creuser de vieilles poutres de menuiserie, pour y retrouver les noeuds originels de l’arbre dans lequel on avait taillé la poutre. Cet acte est lourd de sens, lorsqu’on pense qu’au fil des siècles, l’art a souvent été assimilé à une simple imitation de la nature. Ici Penone prend à contre-pied cette notion, car son art retrouve la nature dans ce qui a été manufacturé et transformé par l’homme. Il pose pour ainsi dire la question traditionnelle de l’art à l’envers. On peut aussi noter que ce processus rappelle la théorie de Michel ange, selon laquelle le sculpteur faisait émerger du bloc de pierre la forme qui y sommeillait à l’état latent. L’art de Penone est donc à la frontière de la remise en question des arts traditionnels, et s’inscrit dans une problématique de retour aux sources très marquée. On peut voir aussi dans ce travail la mise en évidence de la naissance, de la croissance et de la mort dans sur un même support. Dans les œuvres arbre hélicoïdal, ou cèdre de Versailles, on distingue véritablement la croissance à l’intérieur de l’arbre coupé, comme un ressouvenir, et dans les poutres « ranimées », posées sur leur base carrée, on imagine l’arbre continuer sa croissance, tout en constatant sa mort.

Penone joue sur ces paradoxes pour mettre en scène la nature, et créer un véritable dialogue entre la nature humaine et le Végétal. Son action humaine permet de faire renaître de ses cendres la nature, et la place au centre de la question artistique. On n’est plus dans la représentation mais dans un rapport direct au sujet. L’art de Penone questionne donc la notion de représentation, et l’implication de l’artiste dans le sujet de son œuvre. Contrairement aux peintres qui conservent une distance avec ce sujet, la nature, Penone met en place un rapport charnel - comme dans l’œuvre I have been a tree in the hand, ou l’artiste avait empoigné un arbre, et avait installé une main de métal pour influer sur la croissance même du végétal. Les gestes de Penone tendent à restaurer l’Homme comme partie intégrante du monde ; il écrira d’ailleurs « l’homme n’est pas spectateur ou acteur, il est simplement nature. »

Penone en train de tailler