Accueil du site > GESTES > 2. PERFORMANCE, DANSE et autres actions > Lygia Clark, Anthropophagic Slobber , (1973)/ Daniella de Moura
Lygia Clark, Anthropophagic Slobber , (1973)/ Daniella de Moura

La performance Cannibalisme est une relecture de la proposition homonyme de 1973 de Lygia Clark. Dans la proposition originale de Clark, un participant s’allonge par terre les yeux bandés. Il porte une combinaison en plastique doublée de tissu. À la hauteur du ventre, la combinaison est munie d’une fermeture éclair qui ouvre sur une poche intérieure. Les autres participants, dont les yeux sont également bandés, s’assoient autour de lui et sortent les fruits qui se trouvent dans cette poche pour les manger, les partager avec les autres, les reprendre et remordre dedans. 

Pour la relecture dans le cadre de PERFORMANCE LIVES, je propose le banquet cannibale sur une table et avec un contact tactile plus évident. La combinaison originale ( qui ne permet pas le contact direct avec la peau du participant) sera remplacée par une sorte de housse mortuaire, utilisée pour les cadavres à la morgue. La housse doit être blanche et avoir des petits trous pour permettre la respiration à l’intérieure. Au début de la soirée performative, je devrais déjà me trouver dans la housse fermée et sur une des tables. Mon corps nu, principalement le ventre, sera recouvert de fruits rouges et jaunes. À chaque début de la performance, les participants assis autour de la table devront se bander les yeux. Une personne externe aux participants doit d’occuper de gérer la performance, elle ira distribuer les bandeaux pour les yeux, ouvrir la housse mortuaire et simuler la dévoration aveugle des fruits sur mon corps. Je serai tout le temps avec les yeux fermés et mon corps doit rester le plus immobile possible. À la fin de l’expérience anthropophage, la housse sera fermée et les participants pourront enlever les bandeaux des yeux. À la fin de la dernière activation de la performance, mon corps sera roulé dans la nappe de la table et porté par deux personnes vers l’extérieur de la salle.  

L’anthropophagie (trait ethnographique réel de certaines tribus amérindiennes) est aussi la base métaphorique de la construction de la culture brésilienne. La culture brésilienne est le fruit d’un métissage entre la culture érudite européenne (colonisatrice), la culture populaire (native) et la culture médiatique des masses. Les artistes brésiliens établissent, depuis le modernisme, une logique d’anthropophagie en relation à la culture européenne. Aussi comme les indigènes qui dévoraient l’ennemi pour absorber son pouvoir, les artistes dévorent la culture européenne pour absorber ses points forts et métisser avec les influences africaines et indigènes. Avec Cannibalisme j’offre mes pouvoirs à l’autre, j’essaye de le retirer de son lieu confortable d’individu pour proposer la dévoration de l’altérité. Le propose le contact tactile avec mon corps réel et la dévoration aveugle de mes entrailles. Il s’git d’un renversement du cannibalisme, j’offre la dévoration à celui qui devrait être dévoré. 

* Action/performance réactivée dans le cadre de PERFORMING LIVES par Daniella de Moura, septembre 2015