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Le langage gestuel : les duos JULIE BORDENAVE

Un corps seul dit déjà beaucoup de choses. Rompu à une technique particulière et confronté à une altérité, il permet d’explorer de nouvelles voies et de créer un langage novateur. Porteur d’un propos ou laissant libre cours à son expression, le langage gestuel des circassiens se fait vecteur d’émotions indicibles.

Plus qu’un outil, le corps est chez le circassien une matière à partir de laquelle travailler. Frédéric Arsenault et Alexandre Fray, respectivement voltigeur et porteur de la compagnie Un loup pour l’homme, ont choisi de travailler sur le porté « pour faire apparaître ce que la discipline a à dire, et non pas lui faire dire quelque chose ». Une démarche qui implique de s’affranchir dans un premier temps de la performance, ainsi que l’explique Frédéric : « Travailler à partir de notre corps, c’est le principe de base de notre création. La technique était mise de côté au départ. Nous voulions parler de la relation à l’autre, du corps de l’autre. Et puis juste du toucher ! Les gens ne se touchent pas dans la vie ; or, nous, nous ne faisons que ça. Le contact physique est naturel dans le cirque en général. » Interdépendance, fusion, déchirement ou abandon… Autant d’états révélés successivement dans leur spectacle Appris par corps. L’idée d’explorer le sens du porté tenait à cœur à Alexandre depuis longtemps, lui qui expérimente le travail avec des personnes âgées à l’occasion d’événements spéciaux ou de résidences au long cours : « C’est un travail sur ce que j’appelle pour l’instant la grand-maternité. Le saut des générations, la succession, ce qui se perd… Cela met aussi en jeu la notion délicate d’accompagnement de fin de vie : se faire porter, ça veut aussi dire : “Je n’ai plus les moyens de marcher, j’arrive au bout.” Je parle beaucoup avec elles sur ce que représente le fait d’être porté, leurs peurs, la mise en confiance... ces notions de dépendance, de fragilité, sont mises en exergue en travaillant avec des personnes âgées. La tension est à son comble, l’erreur, inenvisageable. »

Le porté des personnages âgées revêt une symbolique forte : « Je fais deux types de portés avec les grand-mères : assise dans mes bras en mariée, et à califourchon. Ce dernier fait beaucoup songer à La Ballade de Narayama, un film d’Imamura basé sur un vieux thème japonais : passé un certain âge, des fils doivent emmener mourir leurs parents. Ceux-ci ne sont plus rentables pour la société japonaise, mais c’est aussi pour eux un honneur de se faire porter jusqu’à la montagne sacrée. Le trajet dure trois jours, ils n’ont pas le droit de parler, de se retourner… Ces thèmes sont présents dans Appris par corps : l’un perd ses moyens, l’autre l’aide, ou s’en désintéresse et l’abandonne en loques part terre… Ces notions sont induites directement par notre travail de porté acrobatique. C’est ce qu’on essaie de faire ressortir, davantage que la technique pure. » Alexandre note différents portés dans la vie réelle, correspondant aux différents âges de la vie : « Dans un précédent numéro, Antoinette, ma voltigeuse, était d’abord ma fille, ensuite ma sœur, ma compagne, ma mère, ma grand-mère, puis je l’emmenais mourir. C’était invisible, mais ça m’avait permis d’écrire mon déroulé. Le travail de porté est un travail tactile, une exploration de ces thèmes à travers différents types de contacts, de touchers. Ça parle de choses à nos dépens, de manière quasi inconsciente. » Pour Alexandre, l’enjeu se pose sur l’invention d’une forme qui mette en jeu ces relations humaines (Lire par ailleurs l’article : « Le corps, un capital à préserver »).

La véracité du corps : une gestuelle préexistante

Plus que dans les autres disciplines, le circassien travaille avant tout avec lui. L’interprète et le personnage sont très proches dans le domaine du cirque ; cette fameuse « véracité du corps » ancre le propos dans une gestuelle préexistante. Travailler à partir des présences scéniques, tel est le processus de création de Jur Domingo et Julien Vittecoq, de CRIDA Company. Le duo de On The Edge confronte deux individualités – acrobate lunaire, jongleuse anguleuse –, point de départ d’une scénographie et d’une dramaturgie singulières. « Nous ne nous sommes jamais posé la question des personnages, explique Julien. Il s’agissait plutôt de jeter les bases d’une identité sur un plateau, puis de dépoussiérer les présences ; les mettre à nu, à plat, puis les coller en difficulté dans d’autres situations. Mais dessous, ce sera toujours nous – notre corps, notre manière de bouger – avec l’envie d’aller ailleurs. » Le duo est aussi l’occasion d’explorer les enjeux qui sous-tendent une relation de couple. Les rebonds d’un corps laissant à voir la perversité d’un rapport de force, c’est le propos de Magica Melodia du Groupe J.M.a.n : elle le domine par la parole, il l’annihile ensuite de ses gestes, la réduisant à l’état de simple poupée de chiffons malmenée. Le couple Antoine Raimondi/Coline Léger, de la Cie Des Sisyphes, se déchire quant à lui sur un cadre aérien. Une adaptation de la pièce Acrobates, d’Israël Horowitz, établissant un parallèle entre « la relation de dépendance dans un couple qui se sépare mais n’arrive pas à se quitter, et celle des acrobates », ainsi que l’explique Pierre Déaux, metteur en scène.

Partir de la discipline pour mimer la dépendance, il en est aussi question dans le projet Sway des Mains sales. Partant d’un agrès original (structure type toboggan/rampe de skateboard), Serge Lazar et Anke Bucher bâtissent une histoire d’interdépendance… sabrant pas mal de clichés sur le cirque, et bravant quelques-uns de ses grands interdits (Lire l’article : « Le risque, entre surenchère et dissimulation »). Explorant les relations homme/femme, mais aussi porteur/voltigeur, Sway s’aventure sur le terrain de la « dangereuse complicité » : choix, dépendance, pouvoir, abus, soumission, lâcher prise, mise en danger... « Dans le propos de la pièce, je suis un peu le mec qui dispose des gens et des choses, qui prend ce qu’il a à prendre, explique Serge. Anke subit, elle se soumet à mon bon vouloir. Cette histoire de domination existe partout, s’observe tous les jours. » « Anke voulait parler de la place de la femme dans un couple. L’une des idées, c’est que finalement, Serge a besoin d’avoir tous ces gens à son service ; sans eux, il est perdu », précise quant à lui Yannick Dupont, musicien de la compagnie. Une création nourrie de l’expérience personnelle de ses auteurs, qui permet d’effectuer un va et vient constant entre le plateau et la vie quotidienne : « Pour moi, l’intérêt d’une scène est d’y exprimer mon vécu, ainsi que le fruit de mon observation dans la traversée du quotidien, explique Anke. C’est sur le plateau que parfois se révèle mon côté obscur, grâce à mes émotions débordantes. Depuis longtemps, je ne me sens ni homme ni femme, mais me situe quelque part entre le masculin et le féminin. Je cherche à comprendre la relation entre l’être et le corps. » Mise en jeu de son corps, exploration de ses limites : un propos mis en exergue dans les créations solo.

Dates :

Cie Un Loup pour L’Homme, Appris par corps 23-25 octobre Festival CIRCA, Auch 13-14 novembre Filature, Mulhouse 20-21 novembre Culture Commune, Loos en Gohelle 23 novembre Cognac 26 et 27 novembre , Groningen (Pays BAs) 5-6 décembre Tremblay en France 16 janvier Tarbes 17 janvier La Coursive, La Rochelle 24 et 25 janvier, London Mime estival (UK) 9-10 février Festival Artdanthé, Vanves 13 février à la Riche 23-24 mars Prato, Lille 25-26 mars Halles de Schaerbeek, Bruxelles 28 mars Carré des Jalles 4 avril à rennes 6 mai la Chaux de Fonds Suisse 10-11 mai Festival Cirko Finlande Juin Festival de Sarrebruck

CRIDA Company, On the Edge Du 27 au 31 octobre Festival Circa, Auch 14-15 novembre Les Pronomades, Gourdan Polignan 25 novembre, Maison de la culture de Tournai (C’est pas mort) 22 janvier, Théâtre des 4 saisons, Gradignan (Follow me) Les 18 et 19 février Le Bateau Feu, Dunkerque 7 mars, L’Athanor, Scène nationale d’Albi 12 mars, Le Grand Logis, Bruz 17 mars, L’hectare, Scène nationale de Vendôme 9 avril, Bergerac, festival Artephage (carte blanche) 6 mai, Théâtre de la Renaissance, Mondeville

Groupe J.M.a.n (Lauréat Jeunes Talents cirque 2008), Magica Melodia début décembre : Lausanne Janvier Festival Janvier dans les étoiles, La Seyne-sur-Mer Été 2009, les Migrateurs, Strasbourg Contact : Frédérique LERESCHE Tél. 41 78 803 17 13 / frederiqueleresche@bluewin.ch

Cie des Sisyphe, Acrobates Du 12 au 14 mars 2009, Ecole Nationale de Cirque, Châtellerault. 2 avril 2009, L’Equinoxe, scène Nationale de Châteauroux.

Cie les Mains Sales (Lauréat Jeunes Talents cirque 2008), Sway Calendrier des résidences Fin octobre à l’Atelier du trapèze à St Gilles (B) Du 3 au 20 novembre au Cirque Théâtre d’Elbeuf (partenaire) Fin Novembre aux Halles de Shaerbeek à Bruxelles (B) Du 11 au 17 janvier 2009 au Prato, Lille Calendrier des représentations Création les 24 et 25 janvier au festival Janvier dans les étoiles à La Seyne sur mer (F) Les 6 et 7 Février au Cirque théâtre d’Elbeuf (F) Les 26 et 27 Février au Transversales à Verdun (F) Les 10 et 11 Mars aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles (B) Avec l’autorisation de Mouvement et de l’auteur