CHUTER

Gestes de vie & Chutes des corps

« Rester débout n’est jamais immobile » (Steve Paxton)

La concrétude du corps

Qu’est ce qu’exposer, ou/et travailler un corps non productif ? N’est ce pas déjà une forme de productivité ?

Ancrées à une certaine soma-esthétique (Shusterman) , ces questionnements nous amèneront à prendre le corps de l’autre comme point de départ.

Précisément, ce corps sans voix, dont seule la présence prouve l’existence. Comment envisager dès lors le corps de l’autre hors de toute instrumentalisation ? Comment affirmer la présence de ce corps si ce n’est l’envisager et l’aborder par rapport à son contexte premier, le sol , la terre , là où il s’échoue, là où s’arrête, là où il se repose, là où il marche, là où il tombe, là où il chute.

quelques PISTES de Chute

- Les personnages du "Dormeur du Val" de Rimbaud, de Icare, d’Adam, de Eve, de Lucifer
- Les classiques tels que "Le Jeune Homme et la Mort"de Roland Petit,
- Beuys, Cindy Sherman
- "Les Cinq Sens" de Serres

Le poids et la tension du corps (1960-2000) Entre chute et immobilité Arts Plastiques/Performances

Yves Klein, le saut dans le vide, (1960) .

Photographie en noir et blanc Cette photographie est paru dans Dimanche, seul journal d’un seul jour crée par Yves klein en 1960. Elle était accompagné des titres suivants : « Un homme dans l’espace ! » ; « Le peintre de l’espace se jette dans le vide ». D’autres tirages ont été titrés « obsession de la lévitation ». L’intérêt de Klein pour ce phénomène coïncidait à l’époque avec la conquête spatiale. Après s’être blessé 2 fois en s’élançant du 2e étage de la maison d’un ami, il renonça à réaliser ces sauts en publics et réalisa ces montages photos truquées. Ce faux instantané est censé représenter le corps de l’artiste suspendu entre la vie et la mort.

Julien Prévieux CRASH TEST - MODE D’EMPLOI vidéo, 1’30, 1998

Sur un stand de foire sont vendus des tee-shirts arborant la cible des crash tests automobiles tandis qu’une vidéo de démonstration propose aux spectateurs un comportement modéle à reproduire. On y voit un homme vêtu de l’un de ces tee-shirts se précipiter contre tout ce qu’il croise sur sa route, entrant en collision avec l’architecture, les meubles, les voitures, les passants... Ce parcours d’obstacle se décline dans une série de saynètes dont l’humour mécanique et absurde n’est pas sans rappeler un certain cinéma burlesque, strictement visuel et muet. Progressivement, la maladresse supposé du personnage se révèle être une confrontation volontaire, parfois violente, destinée à interroger notre capacité d’adaptation à un contexte donné. Le geste “manqué“ systématisé, se transforme en attitude frondeuse consistant à foncer tête baissée pour mieux ébranler les limites et la stabilité du monde qui nous entoure.

Julien Prévieux PENDU photographies, 73 x 110 cm, 1998

Cette série d’images met en scène un face à face inégal où le corps humain se mesure à l’environnement urbain. La « prise de position » de l’individu introduit dans ce rapport un équilibre instable et une tension extrême. La Photographie fixe le point de rupture, l’instant qui précède la chute attendue. On ne sait si l’action, par ailleurs bien réelle, relève de l’exploit physique quasi héroïque, de l’acte désespéré ou d’un comique de situation à la Buster Keaton. Vu de dos, le corps devient un motif qui vient s’appliquer sur une surface donnée, tel un parasite. L’espace est ainsi mis à l’épreuve du corps autant que le corps à l’épreuve de l’espace.

Julien Prévieux ROULADES vidéo, 5’40, 1998

Un individu sort de son lit, tombe dans les escaliers, roule toute la journée dans divers lieux publics avant de rentrer chez lui, le soir, par le même moyen. Si cette journée « ordinaire » est indéfiniment répétée, la traversée de la ville (rues, parking,centre commercial...) se fait, elle aussi, dans un mouvement continu. La mise en boucle et la bande-son répétitive viennent renforcer le geste simple et radical, conférant à l’ensemble une dimension hypnotique. La performance physique, difficile mais surmontée, répond moins à une interrogation sur les limites du corps qu’à la nécessité d’inventer de nouveaux comportements et de les inscrire dans une réalité quotidienne.

Julien Blaine : Chut (2002)

Erwin Wurm, instructions for idleness (2001), One minute sculptures

Il traite avec les choses de la vie de tout les jours ; Il se saisit et utilise des objets quotidiens, ustensiles, aliments, meubles, pour réinterroger les limites de la sculpture. Le corps, le sien et celui d’autres, interviennent alors dans d’étranges assemblages éphémères ou à refaire. Il allie alors l’absurde à l’éphémère au déséquilibre. le travail de Wurm développe une analyse de la sculpture - de son volume, de son poids, de l’équilibre, du déséquilibre - qui devient pour lui manière de vivre, de mettre en scène, de perturber nos codes et nos habitudes. Avec ses One Minute Sculptures (1997), Erwin Wurm nous propose une vision originale de la sculpture dans laquelle des actions humaines habituelles sont modifiées, décalées, ou détournées pour un bref instant.

Denis Darzacq ; La chute Série photographique (2004-2006)

La série La Chute met en scène les corps en apesanteur de danseurs de Breakdance, de Capoeira et de danse contemporaine. Très pures, évitant aussi bien la pose habituelle du genre que la description, ces photographies qui mettent en valeur la performance physique dans sa perfection, mais aussi dans ses déséquilibres, mêlent une incroyable énergie au sentiment de la possible perdition. De fait, ces corps en apesanteur, qui ne sont jamais accompagnés d’ombre portée, deviennent des révélateurs de l’espace urbain.

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Denis Darzacq, Chutes

Bas Jan Ader, Broken Fall, (1971)

Bas Jan Ader, Fall II, (1970)

Bas Jan Ader parcourt les rues d’Amsterdam à vélo. Mais, tout à coup, son vélo prend la direction du canal et l’artiste se retrouve à l’eau

Fernando Sanchez,Fall II (Boyle Heights, CA), (2007) L’artiste mexicain rejoue l’action de Bas Jan Ader, mais sous une autoroute

Martin Kersels, Falling, triptypque photographique, (1994)

La cascade d’accidents corporels se poursuit avec les Falling Photos de Martin Kersels qui avant de faire des sculptures a étudié les lois de la gravité avec son propre corps. Prenant la forme d’un triptyque, les photographies sont comme autant d’arrêts sur image d’une chute. Encore suspendu dans les airs, le corps massif de l’artiste se découpe sur fond d’étendue neigeuse.

Kira O Reilly, Stair Falling(2010) his performance was originally created for a Victorian stone staircase in Whitworth Art Gallery in Manchester, as part of Marina Abramovic Presents… at Manchester International Festival.The performance will last approximately four hours.

Kira O’Reilly from Cityofwomen on Vimeo.

------------ DANSE : Quelques figures de chutes en Danse : ------------

Cette rubrique reprend certains exemples énoncés lors de la Petite Université Populaire de la Danse, au Théâtre national de Chaillot en 2009

Doris Humphrey, et sa technique du Fall & recovery

PIna Bausch, Café Muller(1978) La chute comme dessaisissement de l’autre VIDEO

Steve Paxton, Fall after Newton,

Hijikata, Hosotan, (1972)

Sankai Juku, graines de kunquat,

Boris Charmatz, Aatt...enen...tionon (1996)

Jérôme Bel, The show must go on (2001)

Emmanuelle Vo-Dinh, Sagen (2001)

La lecture de Création et schizophrénie de Jean Oury est comme le point de départ de Sagen. Les principes d’unité et de multiplicité, de dissociation, de morcellement, d’éclatement, d’effondrement, d’espace ouvert/fermé, plein/vide, délimité/non délimité… m’inspirent des images et des matières de corps : un corps multiple, sans limite, fragmenté, désagrégé, liquéfié… Le processus schizophrénique n’étant cependant qu’un prétexte à dire autre chose, qui serait alors de l’ordre de « l’entre-dit ». Pour cette pièce, le plasticien Laurent Pariente imagine un espace entravé de réseaux d’élastiques, parmi lesquels les corps évoluent sous le signe de la contrainte. Contrainte aussi de la musique de Zeena Parkins, composée en simultané, qui donne aux corps une texture sonore particulière. Mais plus qu’une danse de l’astreinte, Sagen nous fait entendre le silence modifié qui fait suite aux mots du corps. Emmanuelle Vo-Dinh

Xavier Leroy, Sef Unfinished

Alain Buffard , Mauvais genre

Catherine Diverrés

Brumachon & Lamarche

Win Vanderkeybus,

Karine Saporta,Camille La chute comme spasme

La Ribot : Still Distingued, 40 espontaneos, (2004), Laughing hole (2007)

Emilie Camacho & Christian Bakalov, "VERTIGO" Petites narrations de chutes ordinaires (2008) - Duo Homme/Femme, images

Anne Vigier & Frank Apertet (Les gens d’Uterpan), X Event

La chute comme protocole, comme jetée des corps. La chute devient l’instant d’un impact mis en répétition jusqu’à l’épuisement des danseur/ses http://www.lesgensduterpan.com/


Dans les 3 approches de la chute, on assiste à des figures de duo, où le corps qui chute n’est jamais seul. La chute au regard de l’autre donc. La chute est provoquée par l’autre, elle est résultat d’une relation mise en scène. Elle est résultante d’un lien qui se délie, d’une action, d’un contact produit, provoqué, amené.

------------ THÉATRE ------------

Les Hommes dégringolés de Christophe Huysman

Mise en scène : Christophe Huysman, Olivier Werner Scénographie : Sigolène de Chassy Costumes : Sigolène de Chassy Lumières : Nicolas Simonin Son :Thibault Hédoin Vidéo :Jacques André, Sigolène de Chassy, Raphaël Vincent Avec Vincent Dissez, Christophe Huysman, Olivier Werner

"Ce monde n’appartient à personne pour toujours, l’homme disparaît et ne laisse même pas son ombre sur la terre..." Suite à une (ou plusieurs) disparition, un poète parcourt le monde. Il retranscrit ce voyage en racontant trente-sept "corps bouleversés", des rencontres avec la guerre, une délégation des Nations Unies, un chirurgien de Damas, avec la misère face au doute... Une succession de détails, une chaussure, une phrase, un regard, pour tenter de dire le monde. "Je devenais au monde, dépouillé, orné, respirant. Voix. Une précision. Rien de plus mais cela : une précision." Ce voyageur solitaire cherche quelle écriture est au bout de ce voyage. "Je ne peux plus écrire debout, il va falloir ramper, choir, tomber, s’écrouler. Perdre sa maison d’enfance retorse. Je pars." Un voyage comme un vertige.

Texte d’Olivier Werner (Octobre 2000)