RIRE

La Ribot, Laughing Hole ( 2006)

Présentation dans le cadre de Art Unlimited – Art Basel 37 par la Galerie Soledad Lorenzo, Madrid

Depuis l’apothéose qu’a été la présentation des 40 Espontáneos à Madrid à l’automne dernier (public irrité exigeant le remboursement des billets, “espontáneos non-officiels” sautant sur la scène, personnes criant dans la salle durant le spectacle, etc.), La Ribot est retournée avec sa dernière pièce dans la ville de laquelle elle s’était exilée. La première de Laughing Hole a eu lieu à Art Basel 37 en 2006 et c’est son œuvre la plus longue (6 heures pour la version de Madrid). Malgré la durée, l’action est très simple. Le sol de la galerie est couvert de cartons bruns, rectangulaires, entremêlés sans ordre et créant une surface irrégulière, moelleuse et chaude. En tant que spectateurs, on peut occuper n’importe quelle place et décider quand et comment l’on veut voir la pièce. Sur un côté, mais clairement visible, le créateur son est assis et travaille avec ses appareils. La Ribot entre dans la salle en riant aux éclats, ramasse un des cartons posé sur le sol, le retourne, montre le texte écrit au verso et le colle contre le mur avec du scotch d’emballage. Les autres interprètes entrent ensuite et font de même. Les rires sont enregistrés, manipulés et constamment reproduits, créant une bande sonore parallèle aux rires en direct des interprètes. Sur tous les cartons des phrases sont écrites : certaines ont l’air de slogans publicitaires, d’autres de titres de quotidiens anglo-saxons, de mots d’ordre au contenu clairement politique ou même d’insultes et de phrases grossières. Peu à peu, les corps ramollis par le rire constant, révèlent les messages des cartons comme l’on retourne les cartes du tarot. Et les murs de la galerie se recouvrent et perdent leur blancheur hygiénique, se révélant de véritables murs qui encerclent et prennent au piège. Six heures de spectacle se déroulent ainsi. Les spectateurs entrent et sortent, s’en vont et reviennent.

Tout fini par devenir familier : le rire (qui est apparu en 1993 dans Los Trancos del Avestruz et a été récupéré dans les 40 Espontáneos), le carton brun (le même que celui qui cachait son corps dans la pièce distinguée Fatelo con me et qui couvrait le sol de Still Distinguished (2000), Despliegue (2001) et Panoramix (2003)), les phrases justes et courtes écrites au marqueur (n°14 (1997), Cándida lluminaris (2000), Poema Infinito (1997)), et les chutes (il serait trop long d’énumérer toutes les occasions où La Ribot s’écroule sur le sol). Une fois de plus, nous pouvons nous sentir comme à la maison : sans aucun doute, nous sommes à une fête de La Ribot. Mais quelque chose semble avoir changé cette fois-ci. Pour la première fois, nous nous trouvons face à une proposition dont le caractère politique est déclaré et évident. Il est vrai que de nombreuses Pièces Distinguées comportaient des implications politiques (n°14, De la vida violenta, Another Bloody Mary, Eufemia, Divana, etc.) Nous pouvons même penser que dans le travail de La Ribot sur l’ espace, les structures de représentations et la relation aux spectateurs, il y a aussi quelque chose de politique. Toutefois, jamais un thème n’était apparu de manière frontale et déclarée. Laughing Hole traite de la prison illégale de Guantánamo et de toute l’opération idéologique qui entoure le sujet. Les panneaux qui sont révélés ne laissent pas de doute : « your death », « die here », « my Guantanamo », «  », « brutal hole », « my hole », « brutal shit », « fucking audience », « fuck me gently », « over 40ies audience », « immigrant on sale », « speculated death », etc. Les phrases qui prennent le pouvoir sur les murs petit à petit créent un système de références évident. Mais peut-être que le plus grand effort politique n’est pas dans les textes, mais dans le rire. Ce rire obsédant et hystérique qui inonde tout l’espace et qui rend inévitable le souvenir des éclats de rire de Hannah Arendt devant la banalité du mal d’Adolf Eichmann, responsable de nombreux massacres nazis. Si on y réfléchit bien, nous pourrions lâcher les mêmes éclats de rire amer devant la profonde stupidité de Bush, Blair, Aznar, Putin, Pinochet, Videla et tant d’autres. Réellement, à l’époque où nous vivons, nous nous retrouvons face à des personnes qui, par leur profonde incapacité à penser et comprendre ce qui se passe dans le monde, provoquent de grands crimes. Le rire incontrôlé redevient ainsi à nouveau une réaction pertinente devant la banalité de ceux qui anéantissent la vie dans le monde. Et peut-être que le rire inépuisable a davantage d’implications politiques que le sarcasme et l’amertume. Peut-être que le rire de La Ribot a quelque chose à voir avec le rire de Démocrite de Abdera (c. 460-c 370 a.JC). Il y a quelque chose d’hédoniste dans cette recherche de perte de contrôle, d’un état dans lequel on se livre, auxquels nous conduit l’éclat de rire. Au fur et à mesure que les heures passent, l’air de la salle se réchauffe, les corps présents souvent contaminés par le rire, commencent à dégager des odeurs qui se mêlent, l’attention se disperse dans l’atmosphère dense et partagée, le bruit des conversations se mêle aux rires, la sueur de tous les corps humidifie l’air, les limites se diluent… et les rires continuent de retentir. Rires hédonistes qui, comme sut le voir Francisco de Quevedo (1580-1645) en son temps et le propose aujourd’hui Michel Onfray (1959-), se transforment en un projet libérateur. Rire pour faire face à la médiocrité stupide répandue tout autour du globe. Devant les criminels banals, rire et célébrer en partant du corps, en partant d’un corps amolli par l’éclat de rire, poreux, capable de se confondre avec d’autres corps. Rire jusqu’à tomber d’épuisement. Rire jusqu’à que Guantanamo arrête d’être une possibilité. Là est peut-être la grande proposition politique de Laughing Hole. © Jaime Conde-Salazar (Traduction Myriam Kridi/ Site LaRibot)

Antonia Baehr, Rire (2008)

Le spectacle a été créé aux Laboratoires d’Aubervilliers en avril 2008. Rire est un autoportrait à travers le regard des autres. Antonia Baehr est celle qui rit. Elle a ri et s’est demandé pendant qu’elle riait : que se passe-t-il exactement dans mon corps à ce moment-là ? Le rire est ainsi devenu le sujet d’un projet de recherche prenant la forme d’ateliers, de partitions, d’interprétations de partitions, puis d’un spectacle et d’un livre. L’artiste est non seulement intéressée à la mécanique du rire et à ses composantes physiologiques, mais aussi à sa qualité en tant que geste, expression dépourvue de causes, simple manifestation corporelle et sonore. Elle a également porté son attention sur la paternité de ce rire. Qui est l’auteur de mon rire ? Et qui est l’auteur des rires de celles et ceux que j’imite ? Entretien RIRE/LAUGH/LACHEN : Antonia Baehr et Xavier Leroy

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Marcos Simoes, the laughing body

"The Laughing Body" is the result of a 12 month research project, developed by choreographer Marcos Simoes, in the context of the a.pass|a.pt training program.

His research trajectory can be traced throughout this publication, as well as in a performance and an exhibition that were shown in Antwerp (deSingel and LOPITÂL) in April & May 2009. These works were created in collaboration with video maker Marcelo Mardones, composer Christophe Albertijn and dancer and choreographer Varinia Canto Vila. All the work circles around the notion of "The Laughing Body" as a significant contemporary body strategy in times of confusion and dispersion of meaning.

this book contains thoughts, visual impressions and collages, revealing out of different perspectives and practices of the challenge posed by "The Laughing Body."

Livre>>>->=the&tx_commerce_pi1[showUid]=1054&cHash=193a136aa7&sword_list[1]=laughing&sword_list[2]=body]

Valeska Gert

Lars Von trier, les Idiots

Quelques lectures

- Charles Baudelaire, de l’essence du rire
- Henri Bergson, Le rire
- E. Dupréel, « Le problème sociologique du Rire », in Revue Philosophique, Paris, Ed. Félix Alcan, Juillet-Décembre1928, pp. 231-232.