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FOCUS 3 : Pré-écrire

FOCUS 3

Ce FOCUS porte sur les écritures partitionnelles comme processus de création et non comme notation de l’existant ou à suivre.(cf. Laban, Benesh en danse).

La partition s’est imposée pour certains chorégraphes comme véritable système de pré-écriture chorégraphique, à l’image des statements, happenings ou events d’un Allan Kaprow, George Brecht , forme prescriptive des débuts de la performance.

Ainsi la partition peut être offerte, disponible ou visible pendant la performance. Selon Lisa Nelson, un tel "partage" démocratique des outils permet au public une observation plus fine." çà donne parfois des résultats très drôles quand on fait apparaître le système". Mark Tompkins quant à lui considère la partition dans sa pratique de l’improvisation comme "la détermination d’un ou plusieurs paramètres de prise de décision en action."

Protocole / mode d’emploi / partition, ces œuvres allographes donnent lieu à l’exécution virtuellement infinie d’exemplaires, ouvrant à l’absence de l’artiste. Son travail réside désormais à déterminer le modus operandi de l’œuvre pour que celle-ci soit réalisée.

La partition désormais chorégraphique, ludique ou textuelle pose la question de l’interprétation de la performance par le performeur, danseur, joueur et ce qui se joue entre cette partition et la performance.

La partition comme système d’écriture s’est ainsi autonomisée, en venant avant la danse ou la performance. Elle permet alors d’initier sa réalisation, plutôt que de la prévoir ou de la réglementer. La partition devient alors un outil de création pour initier de la danse, ou un outil de réécriture de cette dernière.

Ces graphies prescriptives peuvent aussi se constituer comme forme autonome, à part entière. La performance n’étant qu’un moment d’activation.

Nous choisissons ici d’en délimiter quelques contours et d’en donner des exemples emblématiques, autour de 3 axes :

//////////////////La partition comme dispositif à activer :

Simone Forti, Vincent Thomasset, Myriam Gourfink, Frédéric Gies

//////////////////La partition comme processus de création préalable :

Antonia Baehr, Gabriel Hernandez, Thomas Lehmen

////////////////// La partition comme réécriture :

Ludovic Burel, Deborah Hay, Deufert + Plischke

Ce FOCUS a été réalisé par Mélanie Perrier


la partition comme dispositif à activer :

Simone Forti, Huddle (1961) Huddle réunit 5 à 8 personnes debout qui, imbriquées les unes aux autres, selon 3 indications prédéfinies pour former une seule et même matière. L’un après l’autre, les membres gravissent cette « montagne humaine » pour en redescendre de l’autre côté. En France, plusieurs danseurs ont eu l’occasion de travailler avec Simone Forti. C’est le cas de Claire Filmon qui assure ici la transmission du Huddle.

- Centre Pompidou Metz : 24 Novembre 2011 : Réactivation de Huddle


Vincent Thomasset, Plugs, (2009), Se pratique seul ou à plusieurs : auto plug, blitz plug, slow plug, 4 bras, 4 jambes, total plug, etc. Consiste à essayer, dans la mesure du possible, à introduire bras, mains, jambes, pieds pour se retrouver bloqué. Une fois immobilisés, les pluggers s’arrêtent un temps, peuvent essayer de se déplacer, puis se dépluggent membre par membre.SITE

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Plugs definition

(Publié dans http://www.revuevehicule.net/)


Myriam Gourfink, Les temps tiraillés (2009), This is my house (2005) Contraindre (2004),

Myriam Gourfink développe une écriture pour la composition chorégraphique et son intégration dans des dispositifs informatisés. Elle a créée son propre système de notation LOL (influencé par la notation Laban). Vaste système combinatoire, les partitions sont diffusées en direct à l’adresse des danseuses qui interprètent les indications et variations du mouvement en temps réel.

- Partitions de contraindre
- Partition Les temps tiraillés
- Séquence de lecture de la partition


Frédéric Gies, DANCE PRATICABLE, (2006-2008)

Dance (Praticable) est une pièce de danse pouvant être performé en solo ou en groupe. Elle est basée sur une partition réalisée par Frederic Gies. Les interprétes de la partition deviennent co-auteur de la chorégraphie. La partition de Dance (Praticable) peut être téléchargée gratuitement sur le site web. Une collection de textes autour du travail par Bojana Cvejic, Frédéric Gies, Simon Hecquet, Sabine Prokhoris et Petra Sabisch est également disponible. Ces textes offrent un éclairage sur certain aspect du projet entier. Ce dernier peut être considéré comme un outil pour l’interprétation d’une partition. La partition comme la collection des textes sont sous licence creative commons.

La licence ne concerne pas la pièce. Cela signifie que la pièce ( la performance de la partition) peut être achetée et utilisée à des fins commerciales sans le contrôle ou l’accord de Frédéric Gies.

Les interprètes de la partition sont invités à informer les auteurs des lieux et dates de leur performance et de leur donner leur nom en vue de les ajouter à la liste des co-auteurs sur le site web.

Partition >>>


La partition comme processus de création préalable

Antonia Baehr, Rire (2008)

Le rire est le sujet de ce projet de recherche prenant la forme d’ateliers, de partitions, d’interprétations de partitions, puis d’un spectacle et d’un livre. L’artiste est non seulement intéressée à la mécanique du rire et à ses composantes physiologiques, mais aussi à sa qualité en tant que geste, expression dépourvue de causes, simple manifestation corporelle et sonore.

Je comprends ce projet comme la suite de mon travail sur les partitions, sur la question de la paternité d’une œuvre et de la construction d’une identité. Est exécuté un solo se basant sur l’interprétation d’une pluralité de partitions. Seule, je ne suis personne. Je ne puis être seulement celle que je suis qu’à travers l’existence des autres et le miroir qu’ils me tendent. Or j’ai constaté que je suis dans les yeux des autres celle qui rit, ou celle qui aime rire. J’ai donc pour cet autoportrait souhaité qu’on m’offre des partitions de rire pour mon anniversaire. Dans Rire, la forme minimaliste comportera nécessairement de multiples niveaux narratifs. Je ne cherche pas à énoncer le postulat d’un rire universel et impersonnel. Au contraire, comme je l’ai déjà laissé entendre dans le premier paragraphe, je souhaite soumettre la dimension sociologique et la question du genre qui entrent en jeu dans notre perception des apparences à un éclairage critique. Cela sera donné par la multiplicité des auteurs de partitions et de leurs profils respectifs et constituera la dominante de l’approche réservée à ce matériel dans le cadre du processus lié aux répétitions. Ce sera un “Portrait” d’Antonia Baehr – réalisé à travers les yeux et la perception des autres. Antonia Baehr

- 22 Novembre 2011,Laugh, Caminul Cultural/ Zilele Strimbe,Bucharest, Roumania
- 19&20 Octobre 2011, Laugh, Coda International Dance Festival, Oslo, Norway


Gabriel Hernandez, À dire rien qu’être à quoi dire, (2009).

La partition est numérotée et générée par ordinateur par système combinatoire de déshabillement. A partir d’un nombre défini de vêtement par interprète ( 3 tee-shirt, 2 pantalons, 1 paire de chaussure, 1 paire de chaussette, 1 pull, 1 blouson), chaque manche, jambe ou encolure est numéroté et détermine l’endroit d’entrée pour enfiler le vêtement. Faire passer (l’ensemble d’objets fabriqués pour couvrir le corps, le cacher, le protéger, le parer) à une place – partie d’un espace ou d’un lieu - (où ils n’étaient pas).


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G.Hernandez

Thomas Lehmen, Funktionen (2004) +

Système de règles (mode d’emploi de 9 pages) C’est un jeu de cartes qui permet de disposer en grand nombre, de tâches, de systèmes ou juste s’inspirer. Il contient 3 systèmes chorégraphiques différents :
- "Catégories"
- "C’est meilleur de …"
- "Fonctions" Aussi, il y a d’autres cartes multicolores :
- Aspects
- Thèmes
- Termes
- Personnes
- Blanc

Chaque carte peut être mise en relation avec d’autres. Dans ce sens, ces systèmes peuvent être utilisés comme décrivant en détail, pouvant changer, ou pouvant être combinés ou augmentés avec l’un l’autre. En outre, elles peuvent être améliorées avec les propres idées des interprètes, ou développés dans un autre système de travail au point de devenir méconnaissable dans la relation avec ce jeu initial.

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Funktionnen/ Lehmenn

La partition comme réécriture

Ludovic Burel, Score était presque parfait, Frasq 2, Le Générateur, Gentilly (2010).

Variation sur le thème de la partition-notation (score, en anglais) en performance et danse contemporaine ; Ludovic Burel propose ici un jeu de marabout-bout de ficelle conceptuel organisé autour des notions de plan, de ligne et de point et reprend à l’envers, façon palindrome, les mots d’un autre. Chose que Ludovic Burel fera beaucoup, durant cette intervention, que de reprendre les mots et les images d’autres auteurs, en les modulant-démodulant, au risque de les mésinterpréter, de les méciter (misquoting) même. +

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Purely Diagrammatic, entretien par mail avec Katia Schneller

Autour de Purely Diagrammatic — Other Visible Things on Paper not Necessarily Meant to Be Viewed as Dance Scores, la réactivation du projet de 1966 de l’artiste américain Mel Bochner intitulé Working Drawings and Other Visible Things on Paper not Necessarily Meant To Be Viewed as Art. >>>


Deborah Hay, Solo Performance Commissioning Project «  Je vais dans le studio en essayant le plus possible de ne penser à rien. Je danse. Je note la description de ce mouvement avec le plus de précision possible. [J’obtiens] une liste de mouvements. Je la laisse de côté pendant trois semaines. Puis je découpe cette liste. Je lance tout ça en l’air et j’établis un ordre au hasard. J’essaie de garder cet ordre le plus longtemps possible. Par la pratique quotidienne de ces indications et de la question, je trouve la danse, le sens de la danse. Quand quelque chose ne fonctionne pas, je le jette. » « Le corps est le professeur », ajoute encore Deborah Hay.

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Deborah Hay, Score of No Time to Fly (2010)

Solo Performance Commissioning Project (SPCP)

Pour ce projet renouvelé chaque année, la chorégraphe vend les droits d’un solo à une vingtaine d’artistes. Pour acheter ces droits, ceux-ci doivent récolter de l’argent auprès de leur communauté (subventions, sponsors privés, entourage personnel…). Mais qu’est-ce que vendre une œuvre chorégraphique ? Le protocole est le suivant : en dix jours, Deborah Hay transmet une partition et une pratique Par la suite, après une pratique quotidiennement du solo, cinq jours sur sept, pendant trois mois, les artistes sont libres de présenter en public leur adaptation. Comme dans toute l’œuvre de Deborah Hay, il s’agit de composer à partir du corps. L’ordre des séquences de la partition doit être respecté, mais certains éléments peuvent être abandonnés. L’utilisation du temps et de l’espace est propre à chaque adaptateur, qui peut décider d’ajouter de la musique, du texte. +


Deufert + Plischke, Anarchiv#2 : second hand

Pour ANARCHIV #2 : second hand, ils reformulent leur œuvre en collaboration avec la chorégraphe américaine DD Dorvillier, l’artiste de performance danoise Cecilie Ullerup Schmidt et, une fois de plus, le philosophe allemand Marcus Steinweg. « Donnez-moi votre matériau et je vous montrerai ce que vous n’en faites pas. » pourrait être le mot d’ordre. La chorégraphie du spectacle a été préalablement écrite selon le principe du « cadavre exquis ». Les quatre chorégraphes se sont systématiquement passés des descriptions simples de mouvements, avec la demande explicite de les poursuivre et de les compléter. Ainsi est né un ensemble complexe de descriptions de mouvements, répertorié dans quatre livrets, qui forme la chorégraphie qu’ils présentent sur scène. De manière assez inhabituelle, les archives écrites précèdent donc le mouvement lui-même dans ce spectacle. Dans le deuxième volet du spectacle, la chorégraphie est à nouveau décortiquée et transmise au public en partitions séparées, pour une nouvelle interprétation « de seconde main ».

Anarchiv#2 : second hand


Quelques généalogies :

- Georges Brecht, Water yam, (1962)

- Yvonne Rainer, Carriage Discreteness (1966) La partition est dite oralement en temps réel par la chorégraphe aux danseurs. + Video

- Lawrence Halprin,RSVP Il promeut un processus ouvert qui ne se concentre pas sur un but précis. Plutôt que se concentrer sur un objectif, le RSVP vise le processus, la performance et l’interaction humaine. Voici un résumé de ce que signifie RSVP : R- ressources S - score V - valuation P - performance

- Susan Buirge,

- Lisa Nelson, Turning Score

- Trisha Brown

Pour prolonger

DOSSIERS complémentaires sur le site du Laboratoire du Geste :

- La partition en jeu : la pré-écriture de la performance :

- Partitions 2 ( dessins et formes prescriptives)

Pour poursuivre la réflexion, quelques lectures :

- Everybodystoolbox

- Roger Caillois, Les Jeux et les hommes, Ed. Gallimard, (1958)

- Sabine Prokhoris & Simon Hecquet, la Fabrique de la danse, Ed. PUF

- Marie GLON, Portrait du notateur en dramaturge, (2009) Revue AGON >>

- « What’s the Score Now ? », Myriam Van Imschoot, Ludovic Burel & Regular, in Multitudes n° 21, éd. Amsterdam, été 2005.

- Deborah hay, My Body, the Buddhist. Wesleyan University Press, (2000)

- Ludovic Burel, Purely Diagrammatic — Other Visible Things on Paper not Necessarily Meant to Be Viewed as Dance Scores, Le Magasin, Grenoble (2011).

- Life, once more : forms of reenactement in contemporary art, exhibition January 27 - March 27, (2005), Witte de With, Center for contemporary art, Rotterdam

- Re:Move Kaaitheater , Berlin

La commissaire tient à remercier les artistes ayant participé à ce FOCUS , pour leur concours et enthousiasme.